L'aménagement d'une salle de pause part d'une règle simple du Code du travail : les salariés ne doivent pas prendre leur repas dans les locaux affectés au travail. Dès 50 salariés, un local de restauration équipé est exigé ; en dessous, un emplacement adapté suffit.
Repas au poste de travail : la règle du Code du travail
Le repas au poste de travail est interdit par principe : l'article R4228-19 du Code du travail précise qu'il est interdit de laisser les travailleurs prendre leur repas dans les locaux affectés au travail. La règle vise l'hygiène et le repos, et elle engage l'employeur, pas seulement le salarié. Un sandwich mangé devant l'écran, toléré par habitude, place donc l'entreprise en défaut.
Pendant la crise sanitaire, deux décrets de 2021 et 2022 avaient autorisé à titre temporaire le déjeuner dans les locaux de travail. Ces assouplissements ont pris fin à l'été 2022 et aucune dérogation générale n'est en vigueur : seule subsiste la dérogation permanente prévue pour les petites structures, décrite plus bas. Le même chapitre du Code encadre les boissons : seuls le vin, la bière, le cidre et le poiré peuvent être introduits sur le lieu de travail, et l'employeur peut les limiter ou les interdire par le règlement intérieur, de façon proportionnée.
Local de restauration ou emplacement : le seuil de 50 salariés
L'obligation d'aménager une salle de pause pour les repas dépend de l'effectif de l'établissement, calculé établissement par établissement. Depuis le 1er janvier 2020, le seuil est de 50 salariés ; l'ancien critère de 25 salariés souhaitant déjeuner sur place a été abrogé, et la période transitoire accordée aux entreprises déjà équipées s'est achevée fin 2024.
| Effectif de l'établissement | Obligation | Contenu minimal | Texte |
|---|---|---|---|
| Au moins 50 salariés | Local de restauration, après avis du CSE | Sièges et tables en nombre suffisant, robinet d'eau potable fraîche et chaude pour 10 usagers, moyen de conservation ou de réfrigération, installation pour réchauffer les plats | Art. R4228-22 |
| Moins de 50 salariés | Emplacement permettant de se restaurer dans de bonnes conditions de santé et de sécurité | Non détaillé par le texte ; il peut se trouver dans les locaux de travail après déclaration à l'inspection du travail et au médecin du travail | Art. R4228-23 |
La dérogation de l'article R4228-23 ne joue pas si des substances ou mélanges dangereux sont employés ou stockés dans les locaux. Prenons une agence de 35 salariés installée sur un seul plateau : elle peut équiper un coin repas dans l'espace de travail après déclaration, mais une pièce séparée reste plus confortable pour tous.
Équipements d'une salle de pause conforme et pratique
L'équipement d'une salle de pause découle directement de la liste du Code : un point d'eau potable chaude et froide, un réfrigérateur, un ou plusieurs fours à micro-ondes, des tables et des sièges. Le texte fixe un robinet pour 10 usagers : une salle qui accueille 30 personnes en même temps en demande donc trois, ce qui oriente vers un évier à plusieurs postes ou deux points d'eau séparés.
Le dimensionnement des appareils suit le pic de fréquentation, pas l'effectif total : on compte combien de personnes déjeunent sur place un jour chargé et sur quelle plage horaire. La ventilation compte aussi. Pour un local de restauration ventilé mécaniquement, l'article R4222-6 fixe un débit minimal d'air neuf de 30 m³ par heure et par occupant, contre 25 m³ dans un bureau. Après chaque repas, l'employeur veille au nettoyage du local et des équipements, ce qui plaide pour des surfaces lessivables, un lave-vaisselle quand l'effectif le justifie et des poubelles de tri accessibles.
Mobilier de salle de pause : tables, assises et rangements
Le mobilier d'une salle de pause doit tenir plusieurs usages dans la journée : déjeuner, café rapide, réunion informelle, parfois repos. Mélanger les hauteurs aide à les servir : quelques tables de quatre places pour le repas, une table haute ou un comptoir le long d'une fenêtre pour les pauses courtes, un ou deux fauteuils pour s'isoler. Lorsqu'il n'existe pas de local de repos et que l'activité le demande, le local de restauration doit pouvoir servir de lieu de repos hors des repas, avec des sièges à dossier.
Les plateaux stratifiés et les piètements métalliques supportent le nettoyage quotidien ; des chaises empilables libèrent la pièce pour un événement. Des casiers ou une étagère pour les boîtes repas évitent d'encombrer le réfrigérateur. Pour garder une cohérence avec le reste de l'équipement, la page consacrée au mobilier de bureau d'entreprise détaille les familles de meubles par espace.
Placer la salle de pause loin des zones de concentration
L'emplacement de la salle de pause conditionne le calme des postes voisins. Les conversations intelligibles sont la première source de gêne citée par les salariés en espace ouvert, et une salle de pause en produit beaucoup. Pour l'INRS, l'atténuation entre une salle de pause et une zone de travail très concentré devrait atteindre au moins 32 dB(A), ce qu'aucune simple cloisonnette n'apporte : il faut une vraie paroi, une porte, voire un sas.
Dans un plateau ouvert, la salle de pause se place de préférence près des circulations et des sanitaires, loin des postes de concentration, et ses odeurs de cuisine ne doivent pas se diffuser dans l'espace de travail. Un plafond absorbant limite la montée du volume sonore pendant le déjeuner. Ces questions rejoignent celles traitées dans le dossier sur le bruit en open space.
Convivialité : ce qui fait vivre un espace de pause
Une salle de pause conviviale est d'abord une pièce où l'on a envie de rester dix minutes. La lumière naturelle et la vue sur l'extérieur y comptent beaucoup : une pièce aveugle au fond du plateau reste vide, même bien équipée. Quelques plantes, des couleurs plus chaudes que dans les bureaux et un éclairage plus doux marquent la coupure avec le poste de travail.
Les règles de vie complètent l'aménagement : rotation pour le nettoyage du réfrigérateur, affichage des consignes de tri, créneaux décalés si la salle est petite. La salle de pause participe à la qualité de vie au travail, un sujet développé dans le dossier sur l'aménagement de bureau et le bien-être. Elle fait partie des espaces communs présentés dans la rubrique accueil, réunion et pause.
Salle de pause et repas sur place : cas pratiques
- Une entreprise de 20 salariés doit-elle avoir une salle de pause ?
- Elle doit au moins offrir un emplacement permettant de se restaurer dans de bonnes conditions de santé et de sécurité. Cet emplacement peut être aménagé dans les locaux de travail après déclaration à l'inspection du travail et au médecin du travail, sauf présence de substances dangereuses. Une pièce dédiée n'est obligatoire qu'à partir de 50 salariés.
- Faut-il un micro-ondes par salarié ?
- Le Code du travail demande seulement une installation permettant de réchauffer les plats, sans fixer de nombre. Le bon calcul part du nombre de personnes qui déjeunent sur place au moment le plus chargé et du temps de chauffe moyen. Un appareil pour une dizaine de convives présents en même temps évite en pratique les longues files.
- Le CSE doit-il être consulté sur la salle de pause ?
- Dans un établissement d'au moins 50 salariés, le local de restauration est mis à disposition après avis du comité social et économique. Le consulter tôt permet aussi de recueillir les usages réels : horaires, nombre de repas apportés, attentes sur le repos. Dans une structure plus petite, un simple sondage interne joue ce rôle.
Sources : Code du travail, articles R4228-19, R4228-20, R4228-22, R4228-23, R4228-24, R4228-25 et R4222-6 ; DREETS Normandie, « Local de restauration dans l'entreprise : de nouvelles règles pour sa mise en place » (décret n° 2019-1586 du 31 décembre 2019) ; décrets n° 2021-156 du 13 février 2021 et n° 2022-61 du 25 janvier 2022 ; INRS, ED 6402 « Environnement sonore en bureaux ouverts » (décembre 2020) ; INRS, NS 375 « Clefs de lecture de la norme NF ISO 22955 » (avril 2022).
