Aménager un open space consiste à répartir des postes dans un volume ouvert sans sacrifier la concentration : unités de moins de dix personnes, zones calmes séparées des zones d'échange, pièces fermées pour téléphoner et plafond absorbant. Des règles de vie écrites complètent le plan.
Implantation des postes en open space : îlots, bench et lumière
L'implantation des postes en open space commence par la taille des groupes. L'INRS recommande des unités de moins de dix personnes et des bench de quatre postes de préférence, six au maximum, complétés par des espaces de concentration. Au-delà, chaque conversation touche trop de voisins.
Les îlots se placent perpendiculairement à la façade, écrans à angle droit par rapport aux fenêtres, dans la bande située entre 1,5 m et 6 m de celles-ci. Les postes face à face sans séparation se vivent mal : selon l'INRS, une cloisonnette de 65 cm au-dessus du plan, soit environ 1,40 m depuis le sol, associée à un plafond de classe A, atteint l'atténuation minimale souhaitable entre deux postes voisins. Les circulations principales longent les zones de travail au lieu de les traverser.
Le nombre de postes dépend aussi de la place disponible par personne, à raisonner avec les repères de surface de bureau par salarié.
Bruit en open space : les cibles acoustiques de la NF ISO 22955
Le bruit reste la première plainte en open space : selon l'enquête GABO de l'INRS, environ un salarié sur deux s'y dit gêné ou très gêné, et les conversations intelligibles en sont la principale source. Ce bruit ne menace pas l'audition, les niveaux restant nettement inférieurs à ceux qui créent des lésions, mais il fatigue et perturbe les tâches de concentration.
La norme NF ISO 22955 de 2021 fixe des valeurs cibles selon l'activité : un bruit ambiant de 48 dB(A) pour le travail faiblement collaboratif à 55 dB(A) au maximum pour les espaces les plus animés, et un temps de réverbération de 0,5 s. Le temps de réverbération exprime la durée pendant laquelle un son persiste dans la pièce après son émission ; plus il est court, moins les voix portent. L'INRS juge indispensable un plafond de classe A, dont le coefficient d'absorption αw atteint au moins 0,90.
Les solutions de traitement se choisissent parmi les panneaux et cloisons acoustiques, en suivant la démarche décrite pour réduire le bruit au bureau.
Zones calmes et pièces fermées pour la concentration
Une zone calme en open space est un secteur réservé au travail qui demande de la concentration, où l'on ne téléphone pas et où les échanges se font à voix basse ou ailleurs. Elle se place loin des entrées, de la reprographie et de la salle de pause ; entre une salle de pause et une zone de travail très concentré, l'INRS cite une atténuation d'au moins 32 dB(A), ce qui suppose en pratique une vraie séparation.
Les pièces fermées complètent la zone calme : petits bureaux de repli, salles de réunion de quelques places, cabines individuelles. L'INRS insiste sur la nécessité d'en prévoir assez pour les appels et les réunions improvisées. Une cabine acoustique s'installe sans gros travaux, mais sa ventilation, son éclairage et sa compatibilité avec la sécurité incendie du bâtiment se vérifient avec le fournisseur et le responsable de la sécurité.
Espaces de collaboration : où placer les échanges
Les espaces de collaboration accueillent ce qui fait du bruit par nature : points d'équipe, séances de travail à plusieurs, échanges informels. Ils se regroupent près des circulations et de l'accueil, loin des zones calmes. Un mobilier haut, tables hautes ou mange-debout, se prête aux réunions courtes ; des tables modulables et un écran partagé servent les séances plus longues.
Ces espaces ouverts ne remplacent pas les salles fermées : une réunion qui dure dans un coin ouvert déborde sur les postes voisins. Pour une équipe qui travaille en collaboration étroite, la NF ISO 22955 admet une atténuation entre postes inférieure à 4 dB(A), puisque ses membres doivent s'entendre facilement ; c'est une raison de plus pour éloigner ces équipes des services qui ont besoin de calme.
Rangement en open space : casiers, caissons et archives
Le rangement en open space conditionne la netteté du plateau et la place réellement disponible. Chaque poste attribué dispose en général d'un caisson ; en poste partagé, un casier personnel le remplace. Archives et fournitures communes se regroupent dans des armoires le long des cloisons intérieures, jamais entre les postes et les fenêtres au-dessus de 1,10 m, pour préserver la vue sur l'extérieur.
Des rangements bas peuvent séparer deux îlots et porter des panneaux absorbants. Un inventaire des mètres linéaires de dossiers avant le projet évite d'acheter trop ou trop peu, et donne souvent l'occasion de numériser ou de détruire une partie des archives. Formats et dimensionnement sont détaillés avec le rangement au bureau.
Règles de vie de l'open space : une charte courte et partagée
Les règles de vie d'un open space fixent ce que l'aménagement ne peut pas régler seul. Rédigées avec les équipes, elles tiennent sur une page et s'affichent dans les espaces communs.
Exemple de charte d'open space en sept règles
- Les appels de plus de quelques minutes se prennent en cabine ou en salle.
- Les réunions de plus de deux personnes quittent les postes.
- La zone calme reste silencieuse : messages écrits plutôt que conversations.
- Les sonneries de téléphone sont coupées ou réduites.
- Les repas se prennent dans l'espace prévu, pas aux postes.
- Les postes partagés sont libérés et vidés en fin de journée.
- Un signe convenu, casque ou voyant, indique qu'on ne souhaite pas être interrompu.
La charte se révise après quelques mois d'usage, en même temps qu'une enquête de gêne auprès des occupants. Elle applique la logique de toute la rubrique aménagement des bureaux : adapter l'espace au travail réel, puis vérifier que l'adaptation fonctionne.
Open space au quotidien : réponses sur le bruit, la taille et le masquage
- Combien de personnes au maximum dans un open space ?
- L'INRS recommande des unités de travail de moins de dix personnes, avec des bench de quatre postes de préférence. Un grand plateau peut accueillir plusieurs unités à condition de les séparer par des rangements, des pièces fermées ou des zones tampons. La gêne perçue tient davantage à cette organisation qu'à la surface totale.
- Le bruit d'un open space peut-il abîmer l'audition ?
- Les niveaux relevés en bureaux ouverts restent nettement en dessous de ceux qui créent des lésions auditives, selon l'INRS. Les seuils du Code du travail destinés à protéger l'audition commencent à 80 dB(A) sur une journée de travail. Le problème de l'open space est la gêne et la fatigue liées aux conversations, pas la surdité.
- Le masquage sonore est-il une bonne solution ?
- La norme NF ISO 22955 qualifie de controversé l'usage des systèmes de masquage, et ses valeurs cibles s'appliquent sans eux. Le traitement du plafond, le zonage et les pièces fermées restent les leviers prioritaires. Un masquage éventuel ne vient qu'en complément, après mesure.
Sources : INRS, « Travail sur écran : prévention des risques » (11 juin 2025) ; INRS, ED 6402 « Environnement sonore en bureaux ouverts : évaluation de la gêne et démarche d'amélioration » (décembre 2020) ; INRS, NS 375 « Clefs de lecture de la norme NF ISO 22955 (2021) » (avril 2022) ; INRS, fiche ED 23 (2007, réimpression 2013) ; Code du travail, articles R4431-2 et R4228-19.
